La Guerre Spirituelle : une réalité contemporaine masquée par le dualisme moderne.

Aujourd’hui l’idée d’une « guerre spirituelle » évoque souvent des images médiévales : chevaliers en armure affrontant des démons invisibles, ou des exorcismes tirés de récits anciens.

Dans un monde dominé par la science empirique, la technologie omniprésente et les discours rationalistes, la guerre spirituelle est mal comprise et n’est absolument pas une relique du passé, mais une réalité urgente et actuelle. Elle est mal comprise à cause d’une fracture philosophique profonde initiée par les penseurs modernes, notamment René Descartes.

En rappellant mes analyses des derniers articles, cet article vise à réhabiliter le concept de guerre spirituelle. Non pas comme une bataille ésotérique, mais comme un conflit intérieur et collectif pour la maîtrise de notre manière de penser le monde – un combat contre les illusions qui nous séparent de nous-mêmes et de la “densité du reel”.

La division corps-esprit : racine de l’incompréhension moderne.

La perception contemporaine de la guerre spirituelle comme quelque chose d’archaïque découle directement de la révolution philosophique opérée au XVIIe siècle.

Descartes, avec son dualisme radical, a scindé l’humain en deux entités distinctes : le « res extensa » (la matière étendue, mesurable et objective) et le « res cogitans » (l’esprit pensant, subjectif et immatériel). Cette séparation, destinée à fonder une science certaine, a eu pour effet collatéral de reléguer le spirituel au domaine de l’intangible, le rendant suspect aux yeux d’une raison qui ne tolère que ce qui est quantifiable. Cette fracture n’est pas neutre : elle a progressivement érodé la vision unifiée du monde où le corps et l’esprit, la matière et le sens, formaient un tout cohérent.

Avant cette division, dans la cosmologie médiévale inspirée d’Aristote et de Saint Thomas d’Aquin, l’univers était perçu comme un ensemble symbolique où les « choses » (la nature physique) portaient les marques du divin – un Logos ou langage d’ordre divin qui parlait à travers les mots humains, mais aussi à travers la création elle-même. Cette unité a été brisée par la modernité, qui a réduit la cosmologie à une simple cosmographie matérielle, éliminant la tension dialectique entre le visible et l’invisible.

Résultat : le spirituel apparaît aujourd’hui comme une superstition médiévale, déconnectée de la « réalité » quotidienne, alors qu’il s’agit en fait d’une manière holistique de penser le monde.

Cette évolution philosophique, amplifiée par Kant qui a séparé la connaissance objective (scientifique) de la foi subjective, a créé un dualisme statique où science et spiritualité coexistent sans s’interpénétrer. Il s’agit d’une perte des racines : une « rupture cosmologique » qui marginalise le symbolisme naturel, où les correspondances entre le cosmos et l’humain révélaient le sacré. Sans ces racines, l’homme moderne se trouve déraciné, séparé de son essence profonde, incapable de percevoir la guerre spirituelle comme un enjeu actuel.

Distorsion cognitive et dissonance : les armes invisibles de la Guerre Spirituelle.

Dans le livre « trilogie sur la distorsion cognitive« , je définis cette dernière non pas comme un simple biais psychologique, mais comme une « rupture progressive et systématique entre pensée et la densité de la réalité« . Cette distorsion, que j’assimile à une forme philosophique élargie de dissonance cognitive, crée une « Seconde Réalité » – un monde illusoire plus confortable, protégé des complexités et des souffrances du réel, mais appauvri en vérité et en sens. C’est précisément ici que se joue la guerre spirituelle : non dans des batailles spectaculaires, mais dans les mécanismes intérieurs qui nous poussent à fuir la réalité pour des illusions collectives.

La séparation cartésienne du corps et de l’esprit permet que l’esprit soit isolé du corps et de la matière afin de construire des défenses pour éviter la confrontation avec le réel.

– Dans le premier volume de la trilogie sur la distorsion cognitive, intitulé « Les chaînes intérieures« , j’explore quelques symptômes modernes – crises identitaires, consumérisme, addictions numériques et autres – comme diverses chaînes qui nous lient à cette « Seconde Réalité« .

– Le second volume intitulé « Les voiles de l’âme » eplique que la distorsion obscurcissant le transcendant n’est pas un accident, mais une conséquence de la modernité qui a relégué la spiritualité à une préférence personnelle, dénuée d’autorité sur le monde matériel.
Je montre comment l’homme s’est séparé de lui-même : en abandonnant le symbolisme où les « choses » (la nature) étaient porteuses de sens divin, nous avons perdu le contrôle de notre perception.

La guerre spirituelle est donc ce combat pour restaurer l’unité – contre les diverses forces (idéologies, algorithmes, relativisme ambiant mais aussi beaucoip d’autres) qui maintiennent la distorsion.

Elle n’est pas médiévale parce qu’elle oppose bien et mal de manière manichéenne, mais actuelle car elle cible la fragmentation intérieure qui affaiblit les individus et les sociétés.

L’urgence de redéfinir le spirituel : une manière de penser le monde.

Aujourd’hui, il est urgent de comprendre que « spirituel » ne désigne pas un domaine opposé au corps, mais une manière intégrale de penser le monde.

J’appelle à une forme de « rébellion intérieure » afin d’être armé spirituellement pour refuser les illusions collectives et pouvoir affronter la réalité dans sa pleine épaisseur ou densité.

– Dans le troisième volume de la trilogie sur la distorsion cognitive, intitulé « Les illusions collectives« , j’analyse les narratifs idéologiques, l’ingénierie sociale et la perte de cohésion civilisationnelle – et je propose des voies de résistance qui font éclater la distorsion.

La redéfinition et mise à jour de la Guerre Spirituelle est cruciale car elle se manifeste de façon encore plus accentuée dans les crises contemporaines via une polarisation idéologique extrêmement forte et promue (où la dissonance cognitive pousse à ignorer totalement les faits contradictoires), via une déshumanisation numérique (séparant encore plus l’esprit du corps vécu), et où la quête de sens est détournée vers des pseudo-spiritualités ou utopies superficielles qui renforcent encore plus la distorsion cognitive.

Conclusion : vers une restauration de l’unité.

Récupérer le contrôle de nous-mêmes est le premier pas dans ce combat contre la distorsion cognitive avec différents outils et un chemin de libération collective.

La Guerre Spirituelle est un appel à l’action dans un monde fracturé par la distorsion cognitive.

Cette bataille est intérieure : elle vise à guérir la rupture qui nous sépare du monde.

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